De Fort-Dauphin à Antananarivo en VTT.

 

 

Fort-Dauphin-Tananarive, la grande traversée

 

De Fort-Dauphin à Tananarive à VTT : René Carayol l’a fait ! En texte et en images, le photographe réunionnais nous raconte sa grande traversée de plus de 1 300 kilomètres, à travers des paysages somptueux.

 

Récit : René Carayol (avec Bernard Grollier)       

Photos : René Carayol

 

Après avoir testé le 4×4, le taxi brousse et la marche à pieds, il est clair que le meilleur moyen d’appréhender Madagascar est le VTT. On apprécie mieux les paysages, et on profite de toutes les ambiances et scènes de la vie quotidienne qui se déroulent le long de la route. J’avais depuis longtemps repéré, sur les cartes, un itinéraire qui m’attirait : Fort-Dauphin-Farafangana, sur la côte sud-est. Pour franchir les nombreuses rivières qui dévalent des falaises et se jettent dans l’océan Indien, quelques ponts mais surtout des bacs. Ou des pirogues, si l’on voyage léger. C’est mon cas. Un petit sac de 4 kilos sur le porte-bagages, le même poids sur le dos – dont celui du matériel photo – constituaient mon viatique, en cette fin juillet, au départ de Fort-Dauphin.

Je m’élance le premier jour en direction d’Evatra, à 25 km à peine de l’autre côté de la baie de Fort-Dauphin. Nés de la rencontre de l’océan Indien et des montagnes l’Anosy, les paysages balayés par le vent, sont aussi sauvages que somptueux. Le lendemain, cap sur Sainte-Luce, petit village de pêcheurs à 50 km de là. L’ambiance malgache que j’aime, rythmée par les allées et venues des pirogues.

Les choses sérieuses commencent le lendemain.

Premiers bacs, premières traversées en pirogue, et des villages qui sont de plus en plus rares. Les jours suivants je continue mon chemin vers le nord. Nul besoin de boussole, à l’ouest les sommets de l’Anosy, et à l’est, le grondement sourd et lointain des vagues de l’océan. La piste est étroite, très vallonnée, tantôt sableuse sur les collines, tantôt boueuse à l’approche des rivières et des villages. Les rencontres se font rares. Je croise seulement quelques vieux 4×4 qui font office de taxi brousse. Au cinquième jour, j’arrive à Vangaindrano. Enfin une ville, un hôtel, de l’eau courante, des toilettes et de l’électricité pour recharger mon téléphone qui fait office de GPS : le luxe !

Le lendemain, mes pneus à crampons retrouvent avec joie la route goudronnée. Plus besoin de zigzaguer entres les trous et les flaques de boue.

J’arrive enfin à Farafangana, sorte de petite Tamatave qui se serrait endormie.

Mon premier objectif est atteint. J’hésite entre continuer sur la route en direction Ranomafana, chercher un bateau qui remonte le canal des Pangalanes, ou bien m’aventurer à travers les montagnes sur une piste que j’ai repéré sur la carte et qui relie Farafangana à Ihosy, sur les Hauts plateaux du Sud. Un vazaha (Français) rencontré en ville m’assure l’avoir faite en vtt il y a une quinzaine d’années. Mon choix est fait. 

Après deux jours de repos bien mérité, et une révision complète du vélo, je me remets en selle. Les premières montagnes se devinent à l’horizon. La piste est de plus en plus caillouteuse et difficile. A Vondrozo, village de brousse adossé à la montagne, je lie naturellement contact avec un ancien champion cycliste, qui fait office de réparateur. Il me montre fièrement les roues à 72 rayons qu’il fabrique pour porter de lourdes charges. Ici, le vélo est un moyen de transport, pas un loisir… Il m’assure que la suite de la piste vers d’Ivohibe est praticable, mais sans étape intermédiaire possible. Je m’élance donc de nuit à l’assaut des hauts plateaux. A l’aube il me faut traverser une rivière sur un petit pont… auquel il manque toutes les traverses. Les pieds sur une poutrelle, les roues du vélo sur l’autre, je joue les équilibristes en comprenant mieux pourquoi aucun véhicule n’emprunte cette « route nationale 27 ».

 

J’ai déjà escaladé une bonne partie de la première montée quand les rayons du soleil tentent une percée timide à travers les nuages qui distillent un léger crachin, dernier avatar de l’influence océanique sur le climat de la côte est. Dorénavant le temps sec et frais des hauts plateaux sera mon unique compagnon.

Je traverse maintenant une forêt luxuriante, une de ces fameuses forêts des falaises de la côte orientale de Madagascar, inscrites au Patrimoine mondial. Elles se réduisent hélas comme peau de chagrin. Je pédale à l’ombre des grands arbres, des lémuriens invisibles semblent crier pour m’encourager. La caillasse de la forêt laisse place à une piste étroite et sinueuse, très roulante, qui sillonne le haut des collines en offrant un point de vue imprenable sur les contreforts de l’Andringinta. Si le paradis des vététistes existe, il doit être tout près d’ici…

Après 95 km de piste, j’arrive à Ivohibe, un gros village à 700 m d’altitude. Depuis plusieurs dizaines de kilomètres déjà, j’avais en ligne de mire le pic du même nom (1 889 m).

 

Pendant les deux jours d’escales que je m’offrais à Ivohibe, les habitants semblaient vraiment étonnés de me voir. A la fin de mon séjour, un vieil homme en costume, sans doute un notable, s’est approché de moi. « On me raconte que vous êtes ici depuis deux jours, à faire des photos partout, me dit-il. On se demande ce que vous êtes venu faire. Vous cherchez des pierres précieuses ? ». J’ai dû le convaincre que je ne cherchais rien d’autre que le plaisir de découvrir son magnifique pays, il m’en a remercié chaleureusement.

 

Prochaine escale : Ihosy, à 113 km de là. Départ dans la nuit et un épais brouillard, à la frontale. Au sommet d’une montée, je suis récompensé par le grand spectacle du lever du soleil sur les collines herbeuses, au-dessus d’une mer de nuages. Deux cyclistes passent en m’envoyant des « acouri-by » à tue-tête. L’instant est magique. Tempête de ciel bleu et vue sur le pic Boby et le Tsaranoro. Une pensée pour mes amis amateurs d’escalade. L’ambiance se fait plus sèche et aride à l’approche d’Ihosy.

Le lendemain, petite étape de récupération sur la RN7 jusqu’à Zazafotsy, d’où je repars ensuite dans la nuit, avec un objectif : passer les Portes du Sud, ces mamelons granitiques qui symbolisent la frontière entre les Hautes Terres et le Sud malgache, au lever du soleil. Le vent est glacial, la circulation automobile inexistante jusqu’au lever du jour. Le jour se lève comme prévu sur les Portes du Sud, toujours aussi majestueuses. Ambalavao, célèbre pour son papier antaimoro et ses vins, n’est pas loin. Je m’y attarderais volontiers, mais après deux semaines – déjà – de route, mon corps y a pris goût et me demande de continuer à rouler. Prochaine étape : Fianarantsoa, la capitale du pays Betsileo. Les rizières, à la terre retournée en cette saison hivernale, se font plus présentes dans le paysage. Arrivé en ville, je me précipite dans un restaurant pour commander un délicieux tournedos Rossini que je ne parviens pas à terminer. Mon corps a également pris goût à la frugalité des repas en brousse !

 

Après « Fianar », je continue en direction du nord. La circulation automobile, sur la RN7, est celle d’une départementale française, les troupeaux de zébu en plus. Les chauffeurs de poids lourds malgaches sont étonnement prévenants à l’égard des cyclistes et s’écartent en klaxonnant gaiement. Remonter la RN7 simplifie la logistique. Chambres confortables, eau , électricité, réseau téléphonique. Je peux également varier les ravitaillements et compléter mes habituels bananes/mocaris par des soupes et des achards dans chacun des nombreux villages qui bordent la route. Une petite bouteille de miel au bon gout de résineux complète la panoplie anti hypoglicémie.

 

Après une étape à Ambohimahasoa, un autre petit bonheur du voyage à VTT se rappelait à mes narines : celui de capter les bonnes odeurs environnantes, en passant devant les vieux alambics d’une distillerie de géranium rosat. Tous les voyageurs qui ont déjà emprunté la RN7 en conviennent : les plus beaux paysages de l’itinéraire se trouvent entre Ambositra et Antsirabe, mes deux prochaines destinations. Je confirme : le charme des villages au milieu des rizières, sur fond de douces collines, opère toujours.

J’ai prévu, après Antsirabe, de bifurquer en direction de Faratsiho, une grosse bourgade enclavée dans laquelle je m’étais déjà rendu il y a quelques années pour assister au famadihana. Sur la piste, je franchis le point culminant de mon périple : 2 060 m, avant de basculer vers le village foisonnant de vie. Je m’attarde pendant trois jours au milieu d’une ambiance rurale hivernale. Le riz a été récolté, les camions des collecteurs parcourent la brousse pour l’acheter aux paysans. Dans les gargotes, sur les marchés, partout ce sourire malgache qui vient du cœur… Et pour ne rien gâcher il y a de l’eau chaude dans ma chambre d’hôtel !

Il est temps pour moi d’organiser le retour vers Tananarive. Je n’ai aucune envie de rouler sur le bitume de la route, pourtant magnifique, qui rejoint Ampefy, au bord du lac Itasy. Un itinéraire beaucoup plus sympathique, par les pistes, se dessine. Il coupe droit à travers les montagnes jusqu’à Arivonimamo, qui abritait l’aéroport de Tana à l’époque de la colonisation, jusqu’à la construction de celui d’Ivato. C’est parti pour un dernier raid de 137 km. Les 3 premières heures je couvre à peine plus 20 km, accaparé par les paysages magnifiques et une piste qui demande de nombreuses acrobaties pour rester en selle. Heureusement la piste redevient roulante, couverte de deux bons centimètres de poussière qui semblent former une vague d’étrave alors que mon vtt file à pleine vitesse à traves les collines et les villages de l’Imerina.

A 17h30, je pose mon vélo devant le lac Anosy. 1 342 km au compteur, 13 400 m de dénivelé positif : je ne suis pas mécontent de mon périple ! Pour les prochaines vacances, je réfléchis déjà à d’autres itinéraires. Mais il va être difficile de retrouver sur un même parcours la diversité et l’incroyable beauté des spectacles naturels que j’ai eu la chance d’admirer entre Fort-Dauphin et Tananarive…

1343 km et 13800 m

Fort Dauphin – Evatra – Sainte Luce – Manantenina – Manambondro – Vangaindrano – Farafangana – Vondrozo – Ivohibe – Ihosy – Zazafotsy – Ambalavao – Fianarantsoa – Ambohimahasoa – Ambositra – Antsirabe – Faratsiho – Antananarivo

 

Nosy Faly, Madagascar.

A quelques kilomètres de Nosy Be, Nosy Faly est un prolongement de la Grande Terre de Madagascar et de la péninsule d’Ampasindava. Trois villages se répartissent sur la côte, et la vie s’y déroule au rythme du départ et du retour des pêcheurs.

Fenerive-Est, Madagascar.

Au village d’Anvohimay, au bord du canal des Pangalanes.

Foulpointe, Madagascar.

Plus proche station balnéaire d’Antananarivo, Foulpointe regorge d’hôtels, de restaurants et de boites de nuits, ou viennent se détendre le temps d’un week-end la population aisée de la capitale. Mais, le Lundi venu, le lieu de fête se transforme en un paisible village côtier, vivant au rythme du soleil et des marées.

En pirogue sur le canal des Pangalanes, près de Tamatave (Toamasina) , Madagascar.

La pirogue, principal moyen de communication entre les villages qui bordent le littoral Est autour de Tamatave.

Mananjary, sur le canal des Pangalanes, Madagascar.

Un des ports majeurs sur le Canal des Pangalanes, Mananjary est une petite bourgade tranquille de la Côte-Est de Madagascar, située sur une lagune entre le littoral de l’Océan Indien et le canal. La ville s’anime de manière exceptionnelle tous les 7 ans, lors de la fête du sambatra. Le reste du temps, la vie y est paisible, bercée par le va et viens des vagues sur la plage, et les rotations des pirogues sur le canal, axe principal de communication entre la ville et les village de brousses situés le long du bord de mer.

 

En boutre autour des Radamas, Madagascar, 2ème partie.

En boutre autour des Radamas, 2ème partie.

 

 

En boutre autour des Radamas, Madagascar,1ère partie.

En boutre autour des Radamas, 1ère partie.

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Komazara, les baobabs de la baie de Narindri, Madagascar.

Langue de terre entre les eaux de la baie de Narindri et celles du canal du Mozambique. On viens ici presque exclusivement en pirogue ou en boutre. Les catamarans préfèrent la baie de Moramba, souvent imprimée sur les catalogues de papier glacé des guides touristiques. Ici, il n’y a que quelques cases de pêcheurs, quelques lacs qui s’éparpillent entre les tanettes, ces fameuses collines malgaches, recouvertes d’herbes folles. Juste quelques vols de canards à bosse et d’oies sauvages, qui disputent aux échassiers et aux aigles pêcheurs l ‘animation d’un ciel à peine voilé. Et juste cette côte sauvage, où l’on passe en quelques minutes de marche de la mangrove boueuse aux lames de rasoir des tsingys, des racines aériennes des palétuviers aux troncs spongieux des baobabs, gardiens majestueux d’un havre de paix, où l’équilibre, bien que précaire, entre les hommes et la nature, semble encore préservé.

 

 

Ampasibe, baie de Narindri, Madagascar.

Ampasibe, baie de Narindri, Madagascar.

 

Antonibe, baie de Narindri, Madagascar.

Antonibe, baie de Narindri, Madagascar.